Les savoirs-faire

L’INDIANA JONES DU DENIM PERDU

2 mai 2016

Savoir trouver les trésors perdus de la culture américaine, et la perle du jean, voilà le savoir-faire de L’Indiana Jones discret du vintage, Sébastien Brun.

A 16 ans Sébastien ne fait rien à l’école et se met à travailler le samedi après midi en face du magasin de sa mère avant d’intégrer une fripe marseillaise où teddys, chemises de bowling, cuirs américain, 501 vintage sont légion et le denim roi. 

Il faut dire que la ville est le berceau mal connu de nombreuses marques de jean (La marque  légendaire Mac Keen qui conquit les US des 70’s  , ou les Marciano marseillais partis à L.A créer GUESS,  le Temps des cerises, Jezequel, Blue spenser, Aviatic, Kaporal…), la culture denim fait partie de la carte postale et compte dans ses rangs le premier importateur français de Levi’s, car dans les années 70 Marseille était la capitale incontestée du denim en France.

C’est donc ici que Sébastien attrape le virus et comprend le marché, ses fournisseurs, ses spécificités, mais aussi arrive à dater et à connaître l’origine des pièces. 

Une vraie passion dévorante qui va devenir son université d’autodidacte où chaque vêtement a une histoire, il se documente, lit, scrute les films d’époque, cherche, se cultive avec appétit et devient un véritable érudit du vêtement US. De ses patrons d’alors il hérite de plus, les connaissances encyclopédiques sur l’histoire de la fringue et des modes, un savoir-faire qui se transmet et qui s’expérimente.

Si les années 90 seront un véritable trou d’air dans l’univers du vintage et celui de Sébastien avec l’arrivée de la « fast fashion » (Zara, H&M) qui détourne le public de l’univers de la fripe, les années 2000 seront, elles, un revival qui ne cessera plus d’être valorisé à l’heure où le durable, le recyclé prend tout son sens. On ne dit plus alors fripe mais vintage, plus classe … 

Très bon chineur à l’œil de lynx quand il rachète son premier magasin, il voyage déjà entre Dallas et L.A à la recherche du bon denim, de la pièce 50’s rare, de l’uniforme « workwear »   élimé ou de la veste militaire authentique millésimée.

Cette vocation va l’emmener loin dans un cycle de voyages perpétuels, découvrant des lots, triant sans relâche, cherchant la bonne info, le bouche à oreille qui seul permet de détecter la vieille arrière boutique du fin fond de Miami qui abrite un stock préservé depuis les 60’s.

Son goût définitivement US en fait un spécialiste vers qui les bons tuyaux arrivent en priorité.

Mais attention ce peut être en Europe où au Japon que la pépite se cache et pas seulement aux Etats Unis. Les japonais sont définitivement à l’avant-garde des tendances et anticipent comme personne les besoins de demain, et c’est sans aucun doute car ce sont les meilleurs connaisseurs de vintage.

Savoir trouver l’info, avoir un réseau, connaître la source sont des qualités indispensables qu’exige le métier, mais sans une bonne culture du vêtement difficile de faire de beaux coups.

L’une des qualités essentielles d’un bon Indiana Jones du vintage c’est aussi l’instinct, le nez pour dénicher des pièces 3 ou 4 ans avant qu’elle n’arrive dans la tendance main Stream … Prendre des paris fous quand personne ne vous suit et attendre. Là aussi la culture mode donne un coup d’avance, selon Sébastien, en plus d’être un bon négociateur bien sûr.

Aujourd’hui son flair l’a amené à fournir des boutiques du monde entier (Paris, NY, Madrid, Barcelone, Milan, Bruxelles, Tokyo…), et à être en contact avec quelques créateurs qui viennent à la source chercher l’inspiration dans son hangar de tri.

Comme un collectionneur farouche, il n’arrive pas à se résoudre à vendre ses Jeans les plus anciens, des Levi’s bien sur, dont certains des années 30 se négocient jusqu’à 10 000 euros. Il garde les plus beaux, dont on espère qu’il les exposera un jour. Il garde aussi des pièces militaires incroyables de la seconde guerre mondiale, toujours américaines.

Il traine pourtant son éternelle dégaine qui ne nécessite pas tout ce cumul de merveilles : un jean (toujours parfait), un T-shirt rock ou blanc, sa veste M65 tropicale (un modèle rare) et ses Stan Smith qu’il a refusé de quitter quand il les a vu à chaque coin de rue. Une élégance « de toujours » tellement fraiche qu’elle illustre parfaitement le chic discret et intemporel de ses choix.

IC.